L’agroécologie peut-elle nourrir le monde ?

Buffet de plats sains équilibrés et bio agroécologie

Existe-t-il un moyen d’éradiquer la faim dans le monde ? L’agroécologie – ou la permaculture, peu importe le nom utilisé en fait- est-elle LA solution ?  Dans l’enceinte de Paris Dauphine, rencontre avec Marc Dufumier, professeur et agronome. Les scientifiques et chercheurs nous donneraient-ils un peu d’espoir en transmettant leur savoir sur l’agriculture de demain ?

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Conférence Utopia 21/02/2017 : l’agro-écologie peut-elle nourrir le monde ?

Une conférence Utopia c’est une rencontre qui se rapproche du format de l’éducation populaire.

L’objectif de ce mouvement citoyen est de faire le lien avec la société civile. C’est par le biais de l’édition qu’Utopia transmet car c’est aussi une maison d’édition ! D’ailleurs Marc Dufumier, ingénieur agronome et professeur à l’AgroParisTech et présent aujourd’hui pour cette rencontre, a écrit la préface d’un livre intitulé « Agriculture et alimentation – idées reçues et propositions ».

 

Retour sur les bancs de l’école ! C’est parti pour deux heures de débat avec Marc Dufumier, estampillé « conférencier infatigable » !

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Le programme

Quelle forme d’agriculture choisir pour lutter contre la faim et la malnutrition ? Vaste question. L’une des solutions pourrait être l’agroécologie. Ce débat va tenter de trouver des axes de réponses.

L’agroécologie : qu’est-ce que c’est ?

Les avis diffèrent d’un expert à l’autre. C’est une simple question de sémantique. Pour Pierre Rabhi par exemple, défenseur du retour à la terre, l’agroécologie est « une éthique de vie ». Pour Marc Dufumier, c’est plutôt une discipline scientifique. Mais c’est surtout ce que l’agronomie n’aurait pas dû cesser d’être ! On a tous été formatés, nous avoue sans détour M. Dufumier. Et aujourd’hui, on se bat contre ça !

Ce que Marc Dufumier nous apprend

1. LES PRODUITS INDUSTRIELS NE SONT PAS MOINS CHERS.
Les coûts réels de l’agriculture intensive ne se retrouvent pas dans le prix du produit mais dans ce que l’on appelle les externalisations négatives : par exemple les impôts, la santé, etc … Ce sont des frais opaques, mais ils existent ! Évidemment, votre porte-monnaie souffre moins à la caisse du supermarché. Mais pensez à toutes les dépenses qui vont découler à plus ou moins long terme… Finalement, est-ce vraiment moins cher ?

2. UNE GRANDE FERME NE CRÉE PAS D’EMPLOI. Quand une petite ferme disparaît, c’est du chômage en plus. L’idée reçue que ça va créer des emplois dans la ferme voisine qui s’agrandit est bien sûr complètement fausse. L’intérêt de faire couler une petite ferme, c’est de pouvoir amortir financièrement le matériel industriel nécessaire au fort rendement demandé. De récupérer des parts de marché. Point. Il n’existe pas d’autre objectif !

3. LA POLITIQUE AGRICOLE COMMUNE (PAC) N’EST PAS EN FAVEUR DES PETITS AGRICULTEURS.
Et les accords internationaux encore moins. Ce sont ces mesures qui nous ont amenés à la situation actuelle. Aujourd’hui, on a trop de lait, trop de sucre et trop de production animale. Et c’est voulu ! C’est un partage commercial. Du même côté du monde on retrouve toutes les céréales pour produire plus. Tout ça pour des intérêts privés et financiers. « On va droit dans le mur ! » nous dit M. Dufumier. Et les producteurs sont dépendants de ces systèmes qui n’ont aucun sens écologique !

4. L’AGRICULTURE DE DEMAIN, CE N’EST PAS LA MONOCULTURE.
L’agriculture moderne devrait être orientée sur la biologie des sols. C’est ce qui est important.
Recréer du vivant dans les sols et des écosystèmes qui s’auto-régulent, par exemple avec les champignons et vers de terre. La connaissance des interactions entre les espèces (et la transmission de ce savoir) est un véritable enjeu. C’est ce que l’on pourrait appeler le « maraîchage hyper savant ». Chaque espèce est une barrière de prolifération des ravageurs de l’autre espèce. Prenons l’exemple des coccinelles. Saviez-vous qu’elles s’attaquent aux pucerons ? Et les mésanges qui s’attaquent aux larves ? Quand on sait cela, pourquoi continuer à penser que les insecticides sont LA solution ?

5. TOUTES LES SOURCES D’ÉNERGIE NE SONT PAS LIMITÉES EN QUANTITÉ.
Le soleil, l’air, le CO2 sont des ressources ILLIMITÉES et GRATUITES.
Prenons l’exemple du soleil. Tous les jours nous avons besoin de 2200 kcal d’énergie alimentaire. Cette énergie nous la prenons de l’énergie solaire, via les feuilles et la photosynthèse. « On ne devrait rien perdre du soleil ! ». La couverture végétale maximale devrait être une priorité. On peut également faire un usage intensif du CO2. Fixer le carbone n’est pas coûteux. La paille et l’humus permettent de le séquestrer dans les sols. Pour M. Dufumier, « il devrait même être récompensé et payé ! C’est de l’ordre de l’intérêt général ! »  C’est en quelque sorte un service que l’on rendrait à la planète. L’azote et les hydrates de carbone sont nécessaires pour fabriquer les protéines. Dans l’air il y a 75% d’azote. Et ça tombe bien l’air il y en a partout autour de nous !

6. NON, NOUS NE SOMMES PAS TROP SUR TERRE.
La faim dans le monde et la malnutrition, est-ce un problème de population ? M. Dufumier répond à cette question en expliquant qu’il y a pléthore de nourriture à l’échelle mondiale. C’est la distribution inégale des ressources qui pose un problème. Pour avoir un ordre d’idée concret : nous aurions besoin de 200 kg de céréales pour que tout le monde mange à sa faim. Aujourd’hui, on en produit 330 kg ! Soit 65% en plus ! Pourtant 800 millions de personnes n’ont pas assez à manger. Les gens riches gaspillent. Tout le monde gaspille. On donne à manger à nos voitures, à nos avions, on continue à manger beaucoup de viande. .. et on utilise nos ressources autrement que pour la nourriture nécessaire à l’homme. Une phrase au milieu du débat m’a particulièrement touchée car c’est ce qu’il se passe vraiment sur le terrain : « Les gens pauvres ne peuvent pas acheter la nourriture. Ca ira aux cochons ! »

7. LE RETOUR EN ARRIÈRE N’EST PAS UNE SI MAUVAISE IDÉE.
L’urbanisation de notre société moderne a créé de nouvelles problématiques pour le paysage agricole. Si je vous dis que l’on manque de paille ? Vous me direz que la paille, c’est dépassé ? Malheureusement, aujourd’hui, Marc Dufumier nous explique que le béton ne permet plus de fixer l’azote dans les sols. L’urine coule. sur le béton ! L’azote n’est alors plus piégé par le carbone de la paille qui créé ensuite de l’humus nécessaire à la fertilisation des sols. La solution ? Remettre les animaux sur la paille peut-être … Préférer les terres agricoles en réintégrant la faune plutôt que la prolifération des villes bétonnées ? Pourquoi pas … Vous avez l’impression que c’est un retour en arrière ? C’est peut être une bonne chose. Récupérer le savoir-faire d’autrefois, les méthodes de cultures associées et les variétés de semences paysannes c’est peut-être ça le progrès !

8. LES ECOLES D’AGRO N’ENSEIGNENT PAS L’AGRONOMIE.
Elles dispensent des cours d’agro-industrie à la place. Elles ne forment pas des agriculteurs mais des chefs d’exploitation ou même des chefs d’entreprise. La transmission de savoir a évidemment une incidence directe sur la manière d’aborder son exploitation agricole. Ce formatage ne va pas dans le bon sens. Il faudrait se remettre en cause et réinventer l’école d’aujourd’hui. Relier l’agriculture à l’alimentation est indispensable.

9. LES SEMENCIERS NE SONT PAS NOS AMIS.
Pourtant les semences sont au cœur de nos vies. Leur diffusion est très régulée. Sous couvert de contrôle de contamination des croisements, les lobbies des semences poursuivent un objectif de rendement. Et rien ne doit entraver la haute performance de rendement des plants sélectionnés. Si les sangliers passent par là et les insectes aussi, hop un petit coup de pesticide pour préserver les rendements futurs ! Pourtant, il faudrait rétablir la biodiversité et éviter le recours aux produits phytosanitaires. Le plan écophyto, mis en place dans ce sens, a été un échec cuisant. Si on continue comme ça, les maladies liées aux perturbateurs endocriniens ont encore de belles années devant elles …

10. CHANGER SES HABITUDES N’EST PAS SI DIFFICILE.
Préférer les protéines végétales aux protéines animales n’est pas si compliqué. L’idée est d’utiliser plus de légumes secs riches en fibres plutôt que de manger de la viande. Où les trouve-t-on ?  Dans les légumineuses : les lentilles, les petits pois, les fèves, le soja, le lupin, le trèfle, la luzerne … Peut-être qu’avec ce simple changement d’habitude, les terres agricoles dédiées aujourd’hui à nourrir le bétail se transformeront en source de nourriture directement transmise à l’homme !

Vous voulez revoir l’intégralité de la conférence ? Regardez cette vidéo réalisée par le Mouvement Utopia.

Alors … verdict ?

« Si la question n’était que technique : ce serait OUI on peut nourrir la planète avec l’agro-écologie. On aurait toutes les raisons d’être optimistes. » nous confie Marc Dufumier.  Avec cette conclusion, ce conférencier qui s’amuse à se décrire comme « un fervent défenseur du fumier » (M.Dufumier), nous invite à changer notre système et notre mode de pensée. Car c’est par le changement de nos mentalités et de nos habitudes que nous pourrons changer les choses. Et peser auprès des institutions publiques pour que les lois suivent. S’adapter au changement et aux nouvelles connaissances techniques sur la biologie des sols, c’est la clé.

Les moments forts de Marc Dufumier

La permaculture, c’est mon cours fait par des extrémistes !

LA SOLUTION TECHNIQUE ? ON LA CONNAIT !

L’agriculture intensive à l’emploi = LA PERMACULTURE

Personnellement, je m’intéresse à toutes ces thématiques écologiques et plus particulièrement à l’agro-écologie, la permaculture, le vivant … (peu importe les termes utilisés) principalement pour une raison humaine : savoir que l’on pourrait nourrir tout le monde sur cette planète et constater qu’on ne le fait pas me fait bondir ! Alors j’ai été agréablement surprise par cette conférence qui aurait pu être très technique pour quelqu’un qui ne vient pas d’un milieu agronome, mais Marc Dufumier a cette aisance et cette volonté de vulgariser son discours et le rend alors très accessible à tous. Merci pour ça Monsieur Dufumier. Faire le pont entre les scientifiques et la société civile est pour moi l’un des enjeux de notre société. C’est ce que fait également Hubert Reeves en reliant l’écologie et l’astronomie. Et pour cela, il est important de parler le même langage. Pour mieux se comprendre, que chacun puisse agir dans son domaine de compétence et créer des synergies. C’est aussi l’objectif de ce blog. Faire connaître ces idées à impact positif au plus grand nombre, les rendre visibles et accessibles !

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